Prévention

Stress, burn-out, Prévenir c’est possible

Se laisser dominer par le stress professionnel, c’est risquer le burn-out, l’épuisement physique, psychologique et intellectuel, dont les conséquences peuvent être dramatiques pour la santé, la famille, la carrière… Pour autant, ce burn-out, qui tend à devenir un fléau mondial, n’est pas une fatalité.  Des solutions existent pour le prévenir ou le traiter. De la gestion du stress et du temps au coaching en passant par la relaxation ou la méditation en vue de changer de vie.

Jacques HUGUENIN

Il approchait de la retraite, habitait un beau quartier du centre de sa ville, avait deux gentils enfants et une épouse séduisante. Il soignait une clientèle de patients fidèles et gagnait de quoi s’offrir de grands voyages. Pourtant, un matin, ce petit mot a été punaisé sur la porte de son cabinet : « Le Dr E. ne reprendra pas ses consultations avant plusieurs semaines. En cas d’urgence, composez le 15. » À 57 ans, le Dr E., toujours sympa et disponible, a « pété les plombs » sans crier gare. Il a absorbé une boîte entière de barbituriques, ne supportant plus les journées de travail de plus de douze heures sans interruption, le poids des maux et des mots de ses clients, la crainte de se tromper de diagnostic, le manque de disponibilité pour lui-même… Par bonheur, on l’a découvert inconscient, mais vivant. Après une hospitalisation et plusieurs semaines de repos, le Dr E. a repris ses consultations. Mais uniquement sur rendez-vous et jamais au-delà de 19 heures.

Le Dr E. a été victime de ce fameux burn-out (surcharge de tension) que subissent de nombreux professionnels « qui embrassent leur métier avec idéal et générosité, croient en la plus-value qu’ils apportent à l’entreprise, l’organisation ou le système qui les emploient », pour citer Suzanne Peters et Patrick Mesters, auteurs de Vaincre l’épuisement professionnel.

UNE RÉALITÉ QUI COÛTE CHER

Le burn-out, « expression d’une tension  excessive entre l’idéal qui habite des êtres et les contraintes de la réalité qui en restreignent la concrétisation », dixit le Dr Mesters, neuropsychiatre, affecte en priorité les professionnels qui se surinvestissent dans leur travail, du cadre supérieur à l’infirmière en passant par l’assistante de direction ou le policier. Il s’agit souvent de perfectionnistes, d’hyperactifs, de surdoués, d’anxieux ou de personnalités généreuses et altruistes. Ils sont une aubaine pour l’employeur, avant de devenir, à l’inverse, « une réalité qui coûte cher » à leur patron, à la société (en dépenses de santé, indemnités de chômage, etc.) et surtout à  eux-mêmes, en souffrance morale, physique, familiale.

Le syndrome de l’excès de stress qui génère le burn-out a été identifié au milieu des années 1970. Il a pris de plus en plus d’importance à cause des conditions de travail stressantes que favorisent la crise économique, la course à la rentabilité et à l’excellence, l’utilisation permanente des ordinateurs, téléphones mobiles et autres tablettes, qui empêchent de dresser une barrière entre sollicitations professionnelles et vie privée.
Les signes et symptômes de l’excès de stress sont bien connus : troubles émotionnels et psychologiques (irritabilité, isolement, perte de confiance en soi, autodénigrement), épuisement physique (fatigue, propension à attraper des maladies, hypertension, douleurs musculaires et articulaires, déséquilibre alimentaire, insomnies), insatisfaction professionnelle et perte de motivation. Le burn-out, notamment suscité ou aggravé par un harcèlement, peut favoriser des maladies (cardio-vasculaires, en particulier), déboucher sur de la violence contre soi-même (suicide) ou contre autrui, voire la mort subite du professionnel à bout de forces.

SEPT PHASES…

Ses victimes passent par sept phases selon le Dr Mesters, directeur de l’Institut européen d’intervention et de recherche sur le burn-out (www. burnout-institute.org) : le déni (on banalise, on continue à aller de l’avant) ; la colère (devant le constat que les choses ne marchent plus comme avant) ; la négociation (on n’admet pas la situation, on biaise) ; le doute, l’incertitude et la dépression (l’estime de soi tombe au plus bas) ; l’acceptation (on renoue avec le respect de soi) ; l’intégration (on reprend confiance en son potentiel) ; enfin, l’enthousiasme (on va vers de nouveaux engagements).

En dépit de symptômes parfois identiques, burn-out et dépression ne sont pas semblables et le traitement pour y remédier diffère.  « Suivant sa gravité, la dépression se traite par la prise d’antidépresseurs associés à une psychothérapie, indique le Dr Mesters, tandis que le burn-out ne requiert pas toujours la prescription de médications. » En outre, le burn-out se limite à la sphère professionnelle, tandis que la dépression affecte tous les aspects de la vie.

La meilleure prévention est de « préserver l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle », selon Suzanne Peters et Patrick Mesters, par exemple en ne laissant pas le travail empiéter sur les congés. Il s’agit également de rester « attentif à soi-même » : faire du sport, pour permettre au corps de « libérer des substances endorphiniques aux vertus antistress et antidépressives », de la relaxation, du yoga ou de la méditation ; veiller à avoir une alimentation équilibrée, riche en vitamines et minéraux (fruits, légumes, légumineuses, céréales, poisson), pauvre en graisses animales saturées, sucres à absorption rapide, sel, alcool et excitants (café). Il faut enfin « agir en fonction de ses valeurs » : répondre à des questions qui permettent de redonner un sens à sa vie ; apprendre à dire non pour pouvoir « dire un oui franc et massif aux vraies priorités » ; renouer avec l’estime de soi ; mieux gérer son temps et les « fuites énergétiques ».

BIENVEILLANCE VIS-À-VIS DE SOI MÊME

Le Dr Isabelle Sauvegrain, auteure avec son frère, le psychiatre Christophe Massin, de la démarche pédagogique Résolustress® (www.reso-lustress.fr) qui propose des formations agréées antistress et burn-out à divers publics, insiste sur « la dimension philosophique de la prévention. L’une des clés est d’apprendre à se connaître soi-même, explique cette ancienne médecin du travail, c’est-à-dire nos trois pôles (tête, cœur, corps), dotés chacun d’une fonction principale (discernement, intuition, instinct). » Le stress étant une réaction d’adaptation à diverses sollicitations plus ou moins agressives, chacun doit connaître ses limites à ne pas dépasser et obéir à cet adage  : charité bien ordonnée commence par soi-même.

« Il s’agit de faire preuve d’une certaine bienveillance, mais pas de complaisance, vis-à-vis de soi-même, précise le Dr Sauvegrain. En toute circonstance, il faut se dire “ je vais tenir compte de moi, me consulter moi-même”, avant de répondre à une sollicitation, en se demandant ce qu’en pensent tête, cœur et corps, de façon à avoir la réponse la plus adéquate et la moins coûteuse possible en terme d’énergie dépensée. Il faut toujours distinguer deux temps, celui de la réception-réflexion, trop souvent gommé, et celui de la réponse, souvent trop rapide, qui devient alors une réaction qui peut être inappropriée. La spécificité de l’être humain est en effet la conscience réfléchie, le recul sur soi-même. »

EN SAVOIR PLUS

À LIRE

  • Réinventer le sens de son travail, par Pierre-Éric Sutter, éd. Odile Jacob, 2013
  •  Vaincre l’épuisement professionnel : toutes les clés pour comprendre le burn-out, par Suzanne Peters et le Dr Patrick Mesters, éd. Robert Laffont, coll. Réponses, 2007.
  • Burn-out : le détecter et le prévenir – Êtes-vous en burn-out sans le savoir ? par Catherine Vasey, éd. Jouvence, 2012.
  • Réussir sans se détruire, des solutions au stress du travail, par les Drs Isabelle Sauvegrain et Christophe Massin, éd. Albin Michel, 2006.
  • Burn-out, roman de Patricia Martel. Récit du parcours d’une jeune interne en médecine, de la vocation jusqu’au sentiment de perte de sens du métier de médecin, éd. Atlantica, 2010.
  • Burn-out, quand le travail rend malade, éd. Josette Lyon (2007) et Le guide anti burn-out, éd. Josette Lyon (2010), par le Dr François Baumann.
  • Burn-out, le syndrome d’épuisement professionnel, par Christina Maslach et Michael Leiter, éd. Les Arènes, 2011.
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