Conseil santé

Constipation et seniors : l’âge brouille les pistes

Un quart des hommes et un tiers des femmes après 65 ans sont constipés. C’est bien plus qu’en population générale, pour des raisons tant liées au vieillissement et aux maladies associées qu’aux conditions de vie. En cas de constipation soyez attentif.

La constipation chez le senior, pourquoi être vigilant ?
La constipation est définie par un nombre de défécations inférieur ou égal à trois par semaine et/ou des selles dures difficiles à évacuer. Elle est qualifiée de chronique lorsqu’elle dure plus de six mois.
La constipation est un trouble qui concerne 5 à 35% de la population générale. Elle est plus fréquente chez la personne âgée, aux alentours de 50% et jusqu’à 70% en institution. Les personnes institutionnalisées ou en services de soins de longue durée cumulent souvent les pathologies et les médicaments, sont en perte d’autonomie, d’où la fréquence élevée de la constipation chez elles.

Avec l’âge, plusieurs particularités sont à prendre en compte. En effet, le ressenti du retentissement de la constipation par les seniors sur leur propre qualité de vie est subjectif. Il dépend aussi de facteurs psychologiques ou socioculturels, de croyances parfois bien ancrées sur le caractère inéluctable de la constipation à ces âges. Or pas plus qu’à 20 ans, il n’est pas « normal » d’accepter avec fatalisme d’être constipé lorsque l’on est une personne âgée.
Pour autant, plusieurs facteurs concourent à la plus grande fréquence de la constipation chez les seniors.

Dr Nadine Murat-Charrouf (Service de médecine gériatrique, CHU de Rennes) : « Si le temps de transit [des selles dans le côlon, ndlr] et la fréquence des selles sont indépendants de l’âge, la fonction ano-rectale tend, elle, à s’altérer. On constate alors un émoussement de la sensibilité rectale avec un moindre ressenti du besoin, une diminution du tonus du rectum, auquel s’associe un affaiblissement musculaire abdominal et de la tonicité du plancher pelvien ».

Alimentation et maladies associées, attention au risque de constipation
En dehors du vieillissement physiologique de la fonctionnalité anorectale, plusieurs autres causes primaires dues aux conditions de vie de la personne âgée entrent en jeu, avec en premier lieu une alimentation pauvre en fibres (« régime » alimentaire inadapté, problèmes de dentition ou appareil dentaire mal ajustés…)‏.

La déshydratation joue aussi un rôle prépondérant (apports hydriques insuffisants, diminution de la sensation de soif avec l’âge, limitation de la prise de boisson pour éviter les fuites, prise de médicaments diurétiques…)‏.

Mais d’autres causes peuvent favoriser une constipation comme l’immobilité, l’alitement et, en institution ou à l’hôpital, la difficulté de l’utilisation du bassin, de l’accès à la sonnette, des délais tardifs de réponse aux appels etc.

Dr Nadine Murat-Charrouf : « De plus, il ne faut surtout pas dans cette tranche d’âge négliger l’impact d’éventuelles causes secondaires, organiques. Elles peuvent être de nature digestive : tumeurs, hémorroïdes, fissure anale, troubles de la statique pelvienne avec un rectocèle (hernie formée par le rectum dans le vagin), prolapsus (descente d’organe) rectal.
Les désordres neurologiques ou neuropsychiques peuvent engendrer ou accentuer une constipation : maladie de Parkinson, accident vasculaire cérébral, paraplégie, sclérose en plaques, lésions de la queue de cheval (partie terminale de la moelle épinière) ou des nerfs pelviens, syndrome dépressif, états démentiels ».
Les maladies endocriniennes ou métaboliques sont elles aussi impliquées, telle que l’hypothyroïdie, le diabète, l’insuffisance rénale, sans oublier des troubles fréquents avec l’avancée en âge comme la diminution de la quantité de potassium, de calcium ou de magnésium contenue dans le sang (hypokaliémie, hypocalcémie, hypomagnésémie).

Cherchez le médicament…
Les personnes âgées prennent souvent plusieurs médicaments. Or la liste des molécules pouvant induire une constipation ou favoriser celle-ci est longue. Parmi eux, les antidépresseurs et neuroleptiques, les antiparkinsoniens, certains antihypertenseurs, les antiacides, les anticonvulsivants, les myorelaxants, les diurétiques, les antidiarrhéiques et même la supplémentation en fer ou en calcium etc.

La constipation est un effet digestif indésirable fréquent sous médicament contenant de la morphine.

Du bon usage des laxatifs
Les trois quarts des sujets âgés en institution sont sous médicament laxatifs. Ils sont 6% avant 40 ans sous laxatifs en institution et 60% après 60 ans.
Mais avant d’avoir le réflexe « laxatif », il faut s’assurer de règles fondamentales comme l’activité physique, qui a fait ses preuves lorsque la personne est confinée au lit et au fauteuil, une hydratation suffisante (1,5 litre de boissons) ‏et un apport en fibres correct (15 à 20 g/jour de son, de céréales).

Quant à l’usage des laxatifs, utiles en cas de constipation lorsque celle-ci est dû à un trouble de la progression des selles dans le côlon, il faut toujours débuter par un laxatif non irritant (dit de « lest », qui hydrate les selles) et l’associer, si la constipation s’avère rebelle, à un second laxatif non irritant ou à un laxatif stimulant ; il stimule la motricité du côlon et la sécrétion d’eau par la muqueuse colique.

En cas de constipation cette fois-ci par trouble de l’évacuation, on utilise alors les suppositoires (à la glycérine ou à dégagement de gaz carbonique) et les lavements en cas d’accumulation de matières dans le rectum (le plus souvent) …

D’après un entretien avec le Dr Nadine Murat-Charrouf (Service de médecine gériatrique, CHU de Rennes).

Par Hélène Joubert, journaliste scientifique

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