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La libido après 50 ans : l’âge a-t-il à voir avec le désir ?

Portrait d'un couple de séniors heureux

Le désir s’émousse-t-il avec l’avancée en âge ? Hors problèmes de santé, la cinquantaine voire la soixantaine ne marquent un coup d’arrêt ni pour la libido ni pour l’activité sexuelle. Si les hormones ont trop souvent bon dos, la libido résulte néanmoins de l’intrication entre le vieillissement physiologique et de multiples facteurs psychologiques. Sous réserve d’une bonne estime de soi, d’une complicité relationnelle et sexuelle du couple, il n’y a pas de raison de renoncer à une sexualité épanouie et d’accepter avec fatalité une baisse du désir.

 

La vie sexuelle ne s’arrête pas à 50-60 ans

Il faut démonter une idée reçue : bien entendu, la sexualité ne sera plus à cinquante ans comme à trente ans, ni même à soixante ans comme à cinquante ans, mais elle méritera tout à fait d’être vécue, et de façon épanouie. Le désir et l’activité sexuelle dépendent beaucoup de la structure des couples. Des partenaires en bonne entente relationnelle et sexuelle et qui désirent vieillir ensemble continueront à profiter d’une sexualité heureuse. Il est vrai que l’âge en lui-même provoque un ralentissement de la fonction sexuelle et touche à la vivacité des réactions de l’excitation. Néanmoins, dans un couple qui s’entend dans la vie comme au lit, l’âge, sous réserve d’être en bonne santé, n’entravera en rien la qualité de la relation sexuelle, le plaisir et le désir.

 

50-60 ans, un virage à négocier chez la femme ménopausée

Cet âge charnière est crucial chez les femmes ; la ménopause s’installant définitivement vers l’âge de 51 ans en moyenne, accompagnée de remaniements hormonaux, en particulier la chute du taux d’œstrogènes. Ces hormones agissent plutôt sur le confort de la sexualité (lubrification vaginale et trophicité des organes) et non pas directement sur le plaisir. Après 50 ans, en pré-ménopause et a fortiori après la ménopause, cette carence en œstrogènes entraîne progressivement une atrophie de la vulve et du vagin appelée « syndrome génito-urinaire de la ménopause » : muqueuse vaginale plus lisse et plus fragile, teinte rouge diffuse ou tachetée, diminution des dimensions et de l’élasticité du vagin. Parmi des femmes entre 45 et 75 ans, près de 40% rapportent des signes d’atrophie vaginale avec une sécheresse pour 55% d’entre elles, une dyspareunie (douleur lors des rapports) dans 44% et une irritation (37%), avec un impact sur leur sexualité pour 60% (1). Pour compliquer l’affaire, l’atrophie vaginale est aussi corrélée à l’inactivité sexuelle (2). Il est possible de contre-carrer ce vieillissement vulvo-génital par l’utilisation de lubrifiants ponctuels ou de longue durée (acide hyaluronique à utiliser deux fois/semaine), d’œstrogènes locaux tous les deux jours (estriol, promestriène), voire d’un anneau intravaginal diffusant de l’estradiol pendant 90 jours.

 

Dr Pierre Desvaux, andrologue et sexologue (département d’urologie, Hôpital Cochin, Paris) : « Lorsqu’un couple aborde la ménopause dans un climat favorable, relationnel et sexuel, avec désir et complicité, ce cap est franchi sans problème. Mais alors que certaines femmes se servent du prétexte des douleurs liées au syndrome génito-urinaire de la ménopause pour se placer à l’abri de la sexualité, d’autres au contraire se sentent libérées de toute contrainte (règles), font attention à leur apparence, se sentent moins inhibées et connaissent une intensification de leur appétit érotique et de leurs expérimentations sexuelles ».

 

Perte du désir sexuel spontané : l’homme doit changer ses repères

Environ 20% des hommes de 50-60 ans connaissent un fléchissement notable de la sécrétion de testostérone (anciennement appelé « andropause »). Cette baisse hormonale peut favoriser un moindre désir et une moindre vitalité sexuelle. Par ailleurs, cette diminution des androgènes liée à l’âge (DALA) est une situation clinique relativement fréquente pour un autre motif : alors même que leur synthèse androgénique reste normale, l’imprégnation des tissus est plus faible à cause de la présence d’un syndrome métabolique (prédiabète, embonpoint abdominal, hypertension et anomalies des lipides), un profil largement prévalent dans cette tranche d’âge au sein des sociétés occidentales.

 

En dehors de ces modifications hormonales, chez tous les hommes il existe avec l’âge un ralentissement « normal » de la fonction sexuelle accompagné d’une baisse de la spontanéité érectile : érections un peu plus longues à obtenir, éjaculation moins rapide, période réfractaire – entre deux éjaculations – plus longue.

Un autre facteur essentiel à prendre en compte est la crainte de ne plus pouvoir être performants, notamment sexuellement. Confrontés aux hommes plus jeunes au niveau social et professionnel, ils peuvent ressentir une peur qui se traduit par l’angoisse de la perte de l’érection.

 

Dr Pierre Desvaux : « A ce titre, il faut se méfier : habitués jusqu’à la fin de la quarantaine à avoir des érections à la moindre pensée érotique, le fait qu’ils y parviennent plus difficilement leur fait souvent croire à une dysfonction érectile, situation pathologique qu’il faut traiter médicalement (médicaments, psychothérapie). Or, ils sont tout à fait capables d’obtenir de très bonnes érections. Simplement, la stimulation doit être plus présente et efficace. La sexualité est leur manière d’exister en tant qu’homme, d’où la confusion entre peur de ne plus avoir d’érection et désir. Face à ce besoin de sexualité, on accuse l’âge de la moindre impuissance occasionnelle. Bien des hommes stoppent toute initiative sexuelle de peur de l’échec. Leurs repères doivent changer : à 60 ans, la fonction sexuelle n’est plus la même qu’à 30 ans mais elle fonctionne très bien malgré tout. De nombreux hommes sont déstabilisés par ce besoin de plus de stimulation. Les femmes aussi, qui mettent alors en doute leur pouvoir d’attraction sexuelle, avec le risque de chute de l’estime de soi et le rejet de la sexualité. Elles peuvent aussi diminuer leurs initiatives sexuelles au moment où, au contraire, elles devraient être plus actives et faire découvrir à leur partenaire une sexualité différente et plus sensuelle. »

Point souvent vécu comme positif par les femmes, avec l’âge les hommes sont plus attentifs à leur partenaire, moins impulsifs, plus dans l’intimité et la proximité, l’affection et le partage.

 

Libido en baisse, une intrication entre le physique et le psychologique

Face à ces changements sexuels physiologiques prévisibles et normaux, parmi les ingrédients qui contribuent à une sexualité épanouie, figure une bonne estime de soi et de son image corporelle. Il est cependant difficile d’avancer en âge dans une société qui met en avant le « jeunisme ». L’estime de soi accuse le coup, en particulier chez la femme qui peut se sentir moins désirable, avec quelques kilos en trop, des rides plus marquées etc.

 

Le second ingrédient est la qualité de la communication dans le couple. La sexualité avec l’avancée en âge nécessite des adaptations de bon sens. Avec la dimension clé d’un « savoir-faire » et un « savoir-être » ensemble : un respect de l’autre au quotidien, une attention, des félicitations… Après des années de vie commune, la lassitude, le dénigrement, les reproches liées aux déceptions sur les projets de vie s’insinuent, dramatiques vis-à-vis de la sexualité. Les couples sexuellement actifs qui traversent les années sont ceux qui ont réussi à construire une complicité au quotidien mais aussi une complicité sexuelle, qui ont su partager leurs envies et leurs fantasmes, ont su varier les activités érotiques, sans jugement aucun.

Le troisième ingrédient est de conserver au maximum une bonne santé et une certaine vitalité. Cela passe invariablement par une activité physique régulière, qui entretient une allure jeune et agile, essentielle du point de vue physique mais aussi psychologique.

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