Les arthroses une prise en charge multiforme et au cas par cas - France Mutuelle

Prévention

Les arthroses une prise en charge multiforme et au cas par cas

Les arthroses (il en existe quatre types) sont la première cause de handicap locomoteur chez les plus de 65 ans. Dix à douze millions de Français en souffrent. Mais il ne faut pas se résigner à subir cette maladie des articulations. Une meilleure hygiène de vie (exercice physique régulier, alimentation équilibrée, surveillance du poids) et la bonne observance du traitement prescrit au cas par cas par le médecin, jouent un rôle essentiel pour maîtriser la plus fréquente des maladies rhumatismales.

On ne doit plus parler de l’arthrose, mais des arthroses. Les rhumatologues, réunis début 2018 en session de l’Académie nationale de médecine consacrée aux nouveautés en matière d’arthrose, parlent désormais de trois ou quatre phénotypes d’arthrose, basés sur les principaux facteurs de risque.

L’arthrose post-traumatique apparaît chez la personne de moins de quarante-cinq ans, vingt ou trente ans après la survenue d’un traumatisme de jeunesse dû, par exemple, à la pratique intensive d’un sport de contact, de compétition, d’un accident ou de gestes professionnels répétitifs.

L’arthrose métabolique est liée au surpoids, qui exerce de fortes contraintes mécaniques sur les articulations, hanche et genou en particulier, mais aussi à l’effet pro-inflammatoire des adipokines (protéines sécrétées par les cellules graisseuses) et des acides gras circulants.

L’arthrose due au vieillissement cellulaire et tissulaire résulte de l’inflammation chronique liée à l’âge.

L’arthrose peut enfin être d’origine génétique. « On estime que le poids de la génétique est responsable à 50 % de l’évolution de l’arthrose, notamment pour les genoux, la hanche et les doigts », indique le Dr Laurent Grange, président de l’Association française de lutte anti-rhumatismale (AFLAR) et auteur de Stop à l’arthrose.

L’arthrose peut concerner des articulations très différentes : les cervicales et les lombaires (70 % des cas), le genou (40 %), le pouce et la main (30%), la hanche (10%) ou la cheville et les épaules. Elle n’est plus considérée comme une maladie due à la seule usure du cartilage des articulations, mais comme une maladie résultant des interactions entre trois tissus, le cartilage, la membrane synoviale et l’os sous-chondral. Cette nouvelle vision entraîne une prise en charge personnalisée et des traitements spécifiques en fonction de chaque type d’arthrose et de l’implication de tel ou tel tissu.

Le diagnostic de l’arthrose, dont les deux principaux symptômes sont la raideur et la douleur, se pose essentiellement grâce à un bilan radiographique. Et il est possible d’éviter, de retarder ou d’en atténuer la progression en adoptant quelques règles d’hygiène de vie.

PRÉVENTION ET SOINS

En prévention comme en traitement, il s’agit de « perdre des kilos si l’on est en surpoids », insiste le Dr Grange, « et de privilégier une alimentation saine et équilibrée, en évitant tout régime d’exclusion », ce qui se traduit par :

  • une alimentation, riche en antioxydants, vitamines C, D et E, fibres, minéraux et oligo-éléments, faisant une large place aux céréales, légumineuses, légumes et fruits variés ;
  • une consommation renforcée d’aliments riches en oméga-3, ces acides gras polyinsaturés anti-inflammatoires que l’on trouve dans les petits poissons gras(sardine, hareng, maquereau, anchois), l’huile de colza ou de noix et les fruits secs à coque (noix, amandes, noisettes) ;
  • élimination maximale des sucreries et aliments à index glycémique (IG)* élevé et la limitation de la consommation d’aliments gras d’origine animale.

Autre impératif, « faire de l’exercice physique, régulier, modéré et en décharge » (vélo, natation, marche, 30 à 60 minutes trois fois par semaine au minimum, des étirements, du yoga ou encore de l’aquafitness), préconise le Dr Grange. Ce type d’exercice entretient les articulations et favorise la production de cytokines (hormones du système immunitaire) anti-inflammatoires.

« Quand l’arthrose est déjà installée, il ne faut surtout pas s’arrêter de bouger, bien au contraire, insiste-t-il. Car bouger tonifie les muscles, qui eux-mêmes protègent les articulations. »

La kinésithérapie et divers médicaments permettent, sous contrôle médical, de soulager les douleurs arthrosiques : le paracétamol (3 à 4 g/24 heures), en première intention ; l’ibuprofène, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), encas de poussée inflammatoire avec douleur au repos ; voire un antalgique de niveau2(un opiacé faible) lorsque ne suffisent ni le paracétamol ni l’AIN.

L’infiltration d’un corticoïde dans l’articulation est indiquée lorsque les antalgiques et AINS oraux n’agissent pas, ou en cas d’intolérance à ces médicaments. La viscosupplémentation, l’injection d’acide hyaluronique, lubrifie les surfaces cartilagineuses et les protège des chocs, notamment dans l’arthrose du genou, sans épanchement et en-dehors d’une poussée congestive.

Enfin existent les anti-arthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL) : insaponifiables de soja et d’avocat, sulfates de chondroïtine et de glucosamine. Mais ces médicaments, qui peuvent contribuer à diminuer l'intensité des poussées douloureuses et à réduire la consommation d’antalgiques ou d’anti-inflammatoires, ont été déremboursés par la Haute autorité de santé (HAS), qui estime trop faible le service médical rendu, en dépit d’une pétition lancée par l’AFLAR.

En dernier ressort, lorsque l’arthrose est devenue trop douloureuse et handicapante, il reste possible de passer sur la table d’opération pour bénéficier d’une prothèse de genou, de hanche ou de disque intervertébral.

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LA RECHERCHE PROGRESSE

En France et dans le monde, des équipes de chercheurs travaillent à la mise au point de nouveaux traitements ou techniques de soins. En matière de diagnostic, il devrait ainsi être possible à moyen terme de diagnostiquer l’arthrose avant l’apparition des signes radio-cliniques, durant la phases silencieuse de la maladie, caractérisée par des modifications du métabolisme des tissus articulaires, grâce à de nouveaux marqueurs et outils de détection de ces marqueur dans les fluides biologiques.

Parmi les futurs traitements, sont étudiés les anticorps dirigés contre le Nerve Growth Factor (NGF), protéine clé dans la transmission de la douleur. « C’est l’une des pistes les plus prometteuses pour l’arthrose périphérique et celle du dos », indique le Dr Grange. Les facteurs de croissance du cartilage, qui stimulent la fabrication de la matrice cartilagineuse par ses propres cellules (les chondrocytes), font également partie des grands axes de recherche. Enfin, des équipes planchent sur le pouvoir de régénération du tissu cartilagineux de cellules souches, issues de la graisse abdominale ou du cartilage nasal.

Des essais de thérapie cellulaire sont en cours dans le cadre du projet européen ADIPOA, piloté par le Pr Christian Jorgensen, chef du service immunologie clinique et thérapeutique au CHU de Montpellier. L’équipe de l’Unité de nanomédecine régénérative de l’Unité mixte de recherche (UMR) 1260 Inserm/Université de Strasbourg, que dirige le Dr Nadia Benkirane-Jessel, va tester un implant ostéo-articulaire « intelligent », qui combine cellules souches et facteurs de croissance de l’os. Enfin, l’unité Inserm 11-32 Biologie de l’os et du cartilage, que dirige le Pr Martine Cohen-Solal, à l’hôpital Lariboisière (Paris), travaille sur le décryptage des mécanismes de fonctionnement des différents tissus de l’articulation, notamment sur les relations entre les cellules du cartilage et celles de l’os, afin de mettre au point une molécule anti-arthrosique efficace. 

 

Jacques HUGUENIN