Prévention

Pollution des villes atmosphère, atmosphère ! …

Les villes sont naturellement exposées à la pollution. La circulation, les industries, le bruit, l’éclairage y participent largement. Mais les pics de pollution de l’air, récurrents dans les grandes métropoles mondiales, et les problèmes de santé publique qui en découlent appellent les solutions les plus urgentes.

Michel MENEAU

La pollution de l’air concerne le monde entier. Les habitants de grandes villes comme Shang haï, Le Caire, Mexico ou Hong Kong et des centaines d’autres vivent dans une atmosphère difficilement respirable, chargée de gaz toxiques et de particules fines cancérogènes. En Europe, bien que la qualité de l’air des villes se soit améliorée depuis trente ans, la situation n’est toujours pas satisfaisante. Des pics de pollu­tion ont lieu de façon chronique dans les grandes villes, en lien avec des situations météorologiques particu­lières. Un récent rapport de l’Orga­nisation mondiale de la santé (OMS) a dénombré près de 600  000  per­sonnes décédées en 2012 à cause de la pollution atmosphérique en Europe, parmi lesquelles 480 000 à cause de l’air ambiant et 117 000 à cause de l’air intérieur.

Si le principal accusé est l’auto­mobile et, plus précisément, le parc de véhicules diesel, la circulation, selon l’association Airparif, ne parti­cipe pourtant en Île­-de-­France que pour 27 % à la pollution particulaire. 37 % proviennent du résidentiel et du tertiaire et 24 % de l’activité industrielle. Il n’en reste pas moins que l’exposition aux gaz d’échap­pement est dangereuse et que la réduction de la pollution aux par­ticules fines dépend d’une volonté politique d’imposer des mesures de régulation de la circulation en dépit de la résistance des automobilistes et de l’industrie automobile.

UNE CONDUITE APAISÉE EN AGGLOMÉRATION

Dans la lutte qui est menée contre cette pollution, cibler l’automobile en limitant la vitesse est judicieux, mais pas suffisant, surtout si les limita­tions sont opérées occasionnelle­ment en cas d’alerte. De même, les mesures de circulation alternée en fonction des numérotations paires ou impaires des plaques d’immatri­culation ne peuvent être mises en œuvre que de manière ponctuelle. Afin de régler le problème de façon plus globale, les dispositifs adoptés selon les pays et selon les villes dif­fèrent.
La première étape passe par l’ins­tauration d’une conduite apaisée en agglomération. Cette mesure pré­ventive peu contraignante est adop­tée par de nombreuses villes en Europe et tout particulièrement en France. En faisant passer la vitesse de 50 km/h à 30 km/h, on améliore la sécurité et le cadre de vie et l’on contribue à améliorer la qualité de l’air. La réduction de la vitesse, en limitant freinages et accélérations, a pour effet de diminuer la consom­mation de carburant et les émissions d’oxyde d’azote et de particules fines, à condition que cela n’entrave pas la fluidité de la circulation, ni n’occasionne un large contourne­ment de la zone 30 par les automobilistes. Cette mesure de réduction de la vitesse profite par ailleurs au vélo et à la marche pour les dépla­cements de proximité, ainsi qu’aux transports en commun.
Des mesures incitatives en direc­tion des véhicules les moins pol­luants sont parfois prises. Ainsi, à Bordeaux, un disque est apposé sur les véhicules électriques, hybrides, au GNV ou au GPL pour leur facili­ter le stationnement. D’autres villes, comme Nantes, ont instauré la  gratuité des transports publics pour se rendre en centre­ville pour les au­tomobilistes qui stationnent en périphérie. De même, la gratuité totale ou partielle des transports en com­mun a été votée par certaines muni­cipalités comme Manosque, Gap, Aubagne ou Châteauroux. À  Paris, la mise à disposition de l’Autolib électrique sur le modèle du Vélib devrait permettre de diminuer sen­siblement la pollution automobile.

INTERDIT AUX  VÉHICULES « SALES »

D’autres mesures plus contrai­gnantes, consistant à interdire la circulation des véhicules les plus polluants, ont été adoptées par plus de 200 villes en Europe, dont 38  villes allemandes. Celles­-ci ont établi des zones où l’accès est interdit aux véhicules « sales ». Sur la base d’une classification des véhicules en fonction de leurs émis­sions, la ville filtre les accès dans la zone à faibles émissions LEZ (Low Emission Zone). C’est la police qui contrôle, sur la foi d’une vignette ap­posée sur les pare­brise. L’infraction est passible d’amendes dissuasives en Allemagne et en Suède. Dans cet esprit, le principe d’une vignette multicolore (facultative) en fonction de l’âge et du type du véhicule a été relancé en France pour succéder à feue la pastille verte. À Londres, ville qui a recours à la vidéosurveil­lance, les contraventions peuvent monter jusqu’à 1 000 livres pour les camions. Cette mesure visant les véhicules les plus polluants a pour effet le renouvellement du parc. À  Berlin, ces mesures ont conduit à la modernisation du parc diesel ; ainsi, 90 % des voitures sont équi­pées de filtres à particules (par ail­leurs peu efficients à faible régime en ville !).
D’autres villes vont plus loin  encore, en restreignant la circulation en centre-­ville au moyen d’un péage urbain. C’est le cas de Stockholm, Londres, Oslo, Milan, Dublin. En ren­dant l’accès au centre-ville payant, le trafic automobile est réduit de 20 %. Le tarif tient compte du niveau de pollution du véhicule et du nombre de passagers afin d’inciter à l’auto­partage.

L’ARBRE, UN DÉPOLLUANT DE L’AIR

Planter des arbres en ville est un moyen efficace d’épurer l’air. La capacité
des végétaux à absorber le dioxyde de carbone est bien connue et joue un rôle fondamental dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais le rôle de l’arbre ne s’arrête pas là : il est aussi capable d’absorber d’autres composés chimiques aériens. C’est le cas des composés organiques volatils (COV) réputés cancérogènes et mutagènes, capturés par les arbres de façon significative, mais aussi des particules fines, du monoxyde de carbone et du dioxyde de soufre ou d’azote. Les arbres sont des auxiliaires polyvalents de l’aménagement urbain. Ils y jouent le rôle de filtres, d’éponges, d’humidificateurs, de puits de carbone et protègent contre le soleil et le vent.

En savoir plus

À LIRE

  • La pollution de l’air – Sources, effets, prévention, de Christian Elichegaray, éd. Dunod, coll. UniverSciences, 2008. Réalisé en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ce livre offre un panorama des sources et des effets de la pollution atmosphérique. L’étude porte aussi bien sur les pollutions intérieures des logements que sur l’incidence de la pollution aérienne sur la planète et l’effet de serre.
  •  L’air et la ville – Les nouveaux visages de la pollution atmosphérique, de William Dab et Isabelle Roussel, éd. Hachette, 2001.On respire mal en ville. La pollution industrielle, désormais limitée ou maîtrisée, laisse place
    à des pollutions directement en rapport
    avec nos modes de consommation. Voiture, chauffage, élimination des déchets, nous sommes responsables de la qualité de l’air que nous respirons.­­­
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