Conseil santé

Seniors : prévenir les chutes, cela s’anticipe !

 

Homme aidant une femme senior qui a fait une chute

 

Par Hélène Joubert, journaliste scientifique

 

Si tous les seniors ne se ressemblent pas, dès l’âge de 65 ans le risque de chute existe et augmente avec le temps. On considère même qu’au cours d’une année, un tiers des plus de 65 ans va chuter au moins une fois ; un sur deux passé 80 ans. Parce que le risque de chute apparaît tôt, y compris chez de jeunes seniors en forme, voici comment s’en prémunir au mieux.

 

Jeunes seniors ou moins jeunes, des circonstances de chute différentes

En fonction de la fragilité de chacun, les circonstances de chute vont varier. Alors que les seniors les plus jeunes et les plus valides vont tomber à l’extérieur dans des activités plus à risque, les plus âgés tomberont pour leur part chez eux, lors de déplacements habituels de quelques mètres. Cependant, la prévention doit être globale dès l’âge de 65 ans, adaptée à l’âge et à la fragilité de chacun.

 

Pr François Puisieux, gériatre au CHRU de Lille et cofondateur de la consultation « Chutes »* : « L’élément essentiel est de conserver une activité physique régulière et pluri-hebdomadaire, car celle-ci permet d’équilibrer la marche. Favoriser un régime alimentaire équilibré et varié protège de la majorité des déficits nutritionnels en dehors de celui très fréquent en vitamine D. Le régime ne doit jamais être restrictif avec une ration protéique suffisante estimée autour de 1,2 g/kg de poids corporel ainsi qu’un apport calcique suffisant (un produit lacté à chaque repas). En population âgée, il est préférable de donner systématiquement de la vitamine D, à la posologie de 800 à 1000 unités de vitamine D3 chaque jour ».

 

Limiter la casse

Pour éviter la « casse », lorsque les médecins (rhumatologues, gériatres, généralistes) sont amenés à voir en consultation une personne à risque de fracture (antécédents familiaux et/ou personnels de fracture de de fragilité dont la hanche, ménopause précoce, traitement prolongé sous corticoïdes…), ils ne doivent pas traiter uniquement l’os mais intégrer le risque personnel de chute.

 

Pr Bernard Cortet, rhumatologue au CHRU de Lille et président du GRIO (Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses) : « Parce que plus de 95% des fractures non vertébrales sont consécutives à une chute, traiter l’os sans prendre en compte le risque de récidive de chute n’est plus permis. C’est aussi pour cette raison que les dernières recommandations françaises préconisent chez les chuteurs à répétition un examen évaluant la résistance de leur tissu osseux (ostéodensitométrie) afin d’évaluer conjointement au questionnaire FRAX (sur les facteurs de risque), le risque ultérieur de fractures et donc la nécessité potentielle de prescrire un médicament antiostéoporotique ».

 

Repérer les chuteurs, recommandé dès l’âge de 65 ans

Il est recommandé aux professionnels de santé de dépister les personnes à risque de chute, et ce dès l’âge de 65 ans. Cette évaluation du risque de chute doit être réalisée chaque année. Elle repose notamment sur la question : « Etes-vous tombé cette année ? ». En effet, la chute est le meilleur marqueur de risque de chute ultérieure. Si une personne est tombée une à deux fois dans l’année dans des circonstances banales, le risque de rechuter est important et des mesures s’imposent alors. Car on ne tombe pas par hasard ! La personne peut avoir des difficultés d’équilibre. A ce titre, pour l’évaluer, deux tests simples sont conseillés, à commencer par tenir en équilibre sur une jambe pendant 5 secondes au minimum. Quant au « Timed up and Go test », il consiste à chronométrer le temps entre se lever d’une chaise et parcourir un aller-retour sur une distance de trois mètres. Au delà de 14 secondes, le risque de chute est réel.

 

Pr Puisieux : « Pour les seniors tombés plusieurs fois et dont le score au « Timed up and Go test » est moyen ou mauvais, il ne s’agit plus de préconiser des mesures de prévention d’ordre général comme citées précédemment, mais de rechercher précisément les facteurs individuels de risque de chute : médicaments à risque, maladies neurologiques, troubles de la vue, dénutrition, dépression, pathologies du pied, faiblesse musculaire due à une hypothyroïdie, arthrose du genou, surpoids, etc… On peut découvrir des maladies neurodégénératives comme une maladie de Parkinson, d’Alzheimer ou à corps de Lewy à l’occasion de simples chutes. C’est le cas environ une fois sur deux dans notre consultation « Chutes » à l’hôpital de Lille. Outre la prise en charge des maladies génératrices de chutes qui sont découvertes, chez l’individu à haut risque, une rééducation s’impose toujours. L’ensemble de ces mesures permet de réduire de façon notable le risque de chute chez une personne. D’après notre expérience, après 6 mois de prise en charge, le risque de chute est divisé par trois environ.

 

Faire le tri dans ses médicaments

Prévenir les chutes, a fortiori lorsque l’on est une personne à risque, c’est aussi identifier dans ses prescriptions habituelles les médicaments qui exposent à un risque de chutes, avec en tête de liste les médicaments psychotropes (hypnotiques, somnifères). D’autres molécules sont impliquées dans le risque de chute mais dans une moindre mesure. Ce sont les médicaments antihypertenseurs, les diurétiques, la digoxine et les médicaments anti-arythmiques en cardiologie sans oublier certains médicaments contre le diabète susceptibles de provoquer des hypoglycémies (sulfamides hypoglycémiants, insuline).

 

Repenser son domicile

Repenser son environnement quotidien pour éliminer au maximum les risques de chute doit s’anticiper suffisamment tôt. Notamment parce que les mesures à mettre en places sont plus faciles à mettre en pratique quand on est encore valide. Certaines peuvent être relativement coûteuses même si ce n’est pas le cas le plus souvent. C’est par exemple munir un escalier d’une rampe, disposer d’éclairages en quantité suffisante, éviter les tapis…

Mais d’autres conseils de bon sens sont très souvent prodigués par les soignants, comme un bon chaussage à son domicile (éviter les mules).

La consultation « chute » du CHRU de Lille propose aussi une éducation thérapeutique aux personnes chuteuses (un consultant sur dix en bénéficie) sur un rythme de douze séances étalées sur trois mois. Elle permet aux personnes de prendre connaissance de leurs propres facteurs de risque, sur lesquels elles peuvent être en mesure d’agir pour limiter le risque de chute et ainsi conserver leur autonomie.

 

Attention aussi au « syndrome post-chute ». Suite à une chute, les personnes ont une telle appréhension de tomber qu’elles réduisent leurs activités -s’exposant à la sédentarité et à l’isolement- mais aussi à un risque supérieur de chute.

 

 

D’après un entretien avec le Pr Bernard Cortet, rhumatologue au CHRU de Lille, président du GRIO (Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses) et le Pr François Puisieux, gériatre au CHRU de Lille et co-fondateur de la consultation dédiée aux chutes en 1995*. Victime de son succès, cette consultation peine à satisfaire la demande (250 consultations annuelles). Celle-ci est multidisciplinaire (gériatre, médecin de rééducation fonctionnelle, ergothérapeute voire au cas par cas nutritionniste, neurologue, kinésithérapeute, assistante sociale, ophtalmologue etc.)

 

 

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