
Pica : Troubles musculo-squelettiques et posture
Comprendre le phénomène Pica dans l’environnement professionnel
Le Pica désigne l’ingestion répétée de substances non alimentaires. Ce trouble, souvent associé aux troubles du comportement alimentaire (TCA) ou à des difficultés psychologiques, peut entraîner des répercussions somatiques importantes. Actuellement, on observe une meilleure compréhension des interactions entre les troubles alimentaires. Par exemple, on retrouve l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie boulimique, et les comportements liés à l’ingestion non nutritionnelle. Les personnes souffrant de désordres alimentaires peuvent parfois développer ce type de conduites, surtout lorsqu’une tension corporelle ou mentale s’installe.
En entreprise, ce comportement peut sembler éloigné des préoccupations liées aux troubles musculo-squelettiques (TMS). Pourtant, il existe un lien indirect mais réel : les TMS et les troubles alimentaires partagent une dimension psychosomatique. Le corps exprime un mal-être psychique, parfois issu d’un contrôle excessif, d’une restriction cognitive ou d’une anxiété persistante. La posture, la fatigue, l’hyperactivité ou la perte d’appétit peuvent interagir et renforcer le risque de comportements atypiques, notamment ceux observés dans le Pica.
Posture, stress et comportements alimentaires perturbés
En ce moment, les conditions de travail évoluent rapidement. Le télétravail, la sédentarité et l’augmentation de la charge mentale influencent directement les conduites alimentaires, qu’il s’agisse de compulsion alimentaire, d’hyperphagie, de crise de boulimie ou d’un comportement restrictif. Ces éléments psychologiques ou somatiques peuvent intensifier les troubles des conduites alimentaires. Il peuvent aussi favoriser l’apparition de comportements compulsifs tels que l’ingestion d’objets ou de substances non comestibles.
La posture joue un rôle essentiel. Une position assise prolongée, une gêne corporelle ou une fatigue musculaire peuvent altérer la perception corporelle. Une image du corps brouillée — fréquente chez les personnes souffrant d’anorexie, de boulimie nerveuse ou d’hyperphagie — peut renforcer la perte de contrôle et nourrir un sentiment de malaise. Tout cela contribue à augmenter la vulnérabilité à différents troubles, notamment le Pica. Cela entraine des conduites alimentaires dysfonctionnelles plus larges.
Idée reçue à déconstruire : “Le Pica est un trouble rare et seulement psychologique.”
Il est souvent admis que ce trouble, comme l’anorexie nerveuse ou la boulimie vomitive, se limite à des aspects psychiatriques. Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la Santé, le Pica concerne également la santé nutritionnelle, les risques de dénutrition, les complications gastriques et des atteintes physiologiques importantes. Ce trouble n’est donc pas marginal, ni exclusivement mental : il présente une prévalence plus élevée chez les personnes souffrant d’autres addictions comportementales, de troubles de l’image corporelle ou de stress intense. Cette réalité, plus nuancée, permet d’adapter l’accompagnement thérapeutique et pluridisciplinaire.
Pica, troubles musculo-squelettiques et douleur corporelle
Plusieurs facteurs favorisent un terrain propice aux TMS : manque de pauses, surcharge de travail, mauvaise ergonomie et stress. La douleur physique, lorsqu’elle devient chronique, peut entraîner des perturbations alimentaires. Certaines personnes compensent la douleur ou la tension émotionnelle par du grignotage compulsif, des quantités de nourriture excessives, ou au contraire par une restriction alimentaire volontaire.
Chez les personnes présentant déjà un trouble du comportement alimentaire, comme un trouble de l’alimentation compulsive, un état de maigreur extrême ou un surpoids, le risque de développer des conduites atypiques augmente. Le Pica peut également s’associer à des comportements compensatoires tels que vomissements provoqués, prise de laxatifs ou diurétiques. Ces interactions compliquent le diagnostic, d’autant plus quand le salarié camoufle ses difficultés par culpabilité ou peur de grossir.
Impact sur la posture et perceptions corporelles
Le Pica, comme d’autres troubles alimentaires, peut modifier la posture. Une ingestion répétée de substances non alimentaires peut créer des douleurs gastro-intestinales, renforcer une posture voûtée et accentuer les tensions musculaires. La posture devient alors un signal du mal-être psychique.
Actuellement, les ergonomes en entreprise constatent que la conscience corporelle est souvent altérée chez les personnes vivant une anxiété alimentaire. Il peut s’agir d’un adolescent en apprentissage, d’une jeune femme en recherche d’image corporelle saine ou d’un adulte confronté à une obsession malsaine de la minceur. Cette altération de la perception du corps peut créer un cercle vicieux : mauvaise posture, douleurs, stress, conduites alimentaires incontrôlées.
Comment prévenir et accompagner le Pica en entreprise ?
Pour France Mutuelle, la prévention repose d’abord sur une approche globale. Le repérage précoce — comme pour l’anorexie et la boulimie — passe par l’observation de signaux : fatigue accrue, comportements alimentaires désorganisés, insatisfaction corporelle, compulsions alimentaires ou comportements récurrents de stress.
Une démarche pluridisciplinaire reste essentielle : médecin du travail, psychologue, spécialiste du comportement, nutritionniste ou psychiatre. La psychothérapie, les thérapies comportementales, l’accompagnement nutritionnel ou le suivi ambulatoire peuvent soutenir la guérison.
Les entreprises peuvent aussi agir via l’amélioration de la posture : aménagement ergonomique, pauses actives, étirements réguliers et sensibilisation aux TMS. En réduisant les tensions corporelles, on réduit aussi les risques d’aggravation des comportements alimentaires liés au stress.
Vers une culture de prévention durable
Promouvoir des habitudes alimentaires saines et un rapport apaisé au corps contribue à prévenir les troubles. Encourager la satisfaction corporelle plutôt que la quête d’un poids idéal, lutter contre l’obsession de la minceur et former les équipes au dépistage permet d’agir en amont.
La santé mentale au travail est un enjeu majeur. Relier Pica, posture et TMS rappelle que le bien-être corporel et psychique est indissociable. En ce moment, les démarches préventives progressent, offrant des solutions concrètes à toutes les personnes atteintes de troubles alimentaires, qu’il s’agisse d’anorexie, de boulimie, de compulsion alimentaire ou de comportements atypiques comme le Pica.

