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Quand un changement de vie s’impose

Changer de peau, de métier, de conjoint. Ou simplement de rythme, d’avis, de décor. Est-ce seulement possible Faut-il et peut-on changer ? Quoi et comment ? Explications.

C’est parfois un événement extérieur, aussi brutal qu’inattendu, qui ne nous laisse pas le choix. Licenciement, rupture, maladie, deuil, ou même pandémie viennent rebattre les cartes et nous obligent à prendre des décisions que nous aurions volontiers différées. Il nous faut réagir et nous remettre sur le marché du travail ou de la rencontre, enfin prendre soin de notre santé, apprendre à vivre sans celui ou celle qui vient de disparaître ou en dehors de nos repères habituels. Parce que nous devons nous adapter à ce changement qui ne dépend pas de nous, nous voilà obligés de changer nous-mêmes.

Un élan vital

Dans d’autres circonstances, c’est un mouvement plus intime qui émerge quand on est arrivé au bout d’un système ou qu’un nouveau cycle s’enclenche. Nous nous trouvons en décalage avec une existence qui semble manquer de sens et ne plus nous correspondre. « À différents moments de notre vie, nous effectuons des bilans, confirme Pascal Neveu, psychanalyste et auteur de Changer ? Moi, jamais ! (éditions L’Archipel).

Anniversaires, Nouvel An, mariage… Voilà autant d’étapes qui nous poussent à faire le deuil d’une période et à nous situer par rapport aux projections du passé. Suis-je devenu(e) celui ou celle que je désirais être ? Suis-je heureux / heureuse ? Répondre par la négative à ces questions doit stimuler notre désir de changement. » Qu’il soit de l’ordre de la nécessité ou de l’aspiration, ce désir est d’ailleurs largement partagé. Nous sommes 78% à en rêver, selon une étude YouGov de 2018. Et « cette envie concerne toutes les tranches d’âges et toutes les catégories socioprofessionnelles, lit-on en analyse du rapport. Cette transformation n’est donc pas un effet de mode. » Pour autant, elle n’est jamais facile à opérer. Un autre sondage d’Opinion Wayen 2015 confirme que, si nous sommes très nombreux à vouloir changer, seuls 15% d’entre nous passeraient à l’action. La vie même a beau être mouvement (le cycle des saisons), et l’individu, obligé d’évoluer (le besoin de croissance), nous voilà figés.

Quel est votre objectif ?

La question n’est pas de savoir « pourquoi » vous voulez changer. C’est le « pour quoi », le « vers quoi », qu’il vous faut interroger : par exemple, pour vous ou pour les autres ? Pour fuir ou pour construire ? Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. C’est un objectif qui doit se dessiner à l’horizon. Et rappelez-vous que celui-ci, quel qu’il soit, doit toujours être SMART : Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporellement défini. Dans le cas contraire, peu de chances qu’il soit couronné de succès.

Des résistance tenaces

« Lorsque quelque chose ne va plus (amour, travail…), a priori quoi de plus simple que de changer, questionne le psychanalyste. Pourtant, l’angoisse nous saisit. Il faut comprendre ce qui nous tétanise. » La peur est le premier obstacle, celle de l’inconnu en particulier. Nos bonnes vieilles habitudes ont beau être fatigantes, elles nourrissent notre sentiment de sécurité. Pour le psychisme, il est bien plus aisé de demeurer dans cette fameuse « zone de confort ». S’aventurer sur des terres étrangères est risqué, et le cerveau, dont le rôle est de protéger notre intégrité, n’aime pas ça.

Parfois aussi, nous nous l’interdisons. Des croyances comme « Un Tiens vaut mieux que deux Tu l’auras » ou « Il faut se satisfaire de ce qu’on a », des injonctions comme « Sois gentil » ou « Reste sage » ont tendance à réfréner notre élan. Par fidélité à une éducation, ou par engagement envers nos proches, nous ne nous autorisons pas à être différents de ce que les autres ou la société attendent de nous. Ou plutôt de ce que nous supposons qu’ils attendent. Craignant de faire de la peine, d’être jugés ou rejetés, de contrarier, d’être déloyaux, nous n’osons pas faire peau neuve.

Et puis, nous avons beau râler et nous dire insatisfaits, il y a certainement des bénéfices secondaires à ne rien changer. Nous nous plaignons d’un métier chronophage, mais notre petit côté bourreau de travail nous permet de conserver une image valorisante de nous-mêmes. Alors, nous nous inventons mille excuses : nous n’avons pas le temps, pas les moyens, pas l’énergie suffisante ; c’est trop tôt ou trop tard, forcément pas le moment.

Faire le bilan

Pour sortir de l’immobilisme, il faut quitter le déni. Un premier bilan s’impose pour savoir si notre envie de métamorphose est bien fondée et légitime, et non le fruit d’un fantasme (L’herbe est toujours plus verte chez le voisin) ou d’une lubie (Ah ! Si j’étais riche…) « Le plus souvent, l’être humain ne sait même plus ce qu’il veut fondamentalement, écrit le psychiatre Viktor Frankl, à l’origine de la logothérapie, une approche thérapeutique qui vise à redonner du sens à l’existence. Ainsi, faute de savoir lui-même à quoi il aspire, il en vient à désirer faire ce que les autres font (conformisme) ou de faire ce que les autres veulent qu’il fasse (totalitarisme). »

Interroger ce que nous vivons, ici et maintenant, nous permettra d’y voir plus clair, de reconnaître ce qui va… et ce qui ne va pas. Il s’agit de se mettre à l’écoute de soi, très concrètement, pour distinguer : ce qui nous épuise physiquement et ce qui nous donne de l’énergie ; psychiquement, ce qui nous remonte le moral et ce qui le plombe ; du côté de l’émotion, les situations qui nous font éprouver de la joie et celles qui engendrent la peur, la colère ou la tristesse ; et, au niveau relationnel, les liens qui nous enrichissent et ceux qui nous blessent.

« On s’est donné une année pour réfléchir. »

Pierre et sa famille ont déménagé à Bordeaux en juillet 2021. Récit d’un grand chambardement.

« Ça faisait un bout de temps qu’on voulait quitter Paris sans jamais trouver le temps ou l’énergie de concrétiser nos projets. Et, comme beaucoup de gens, je crois, c’est le confinement qui a été le déclic. Nous nous sommes retrouvés tous les quatre dans notre petit appartement de la banlieue parisienne. Ça n’a pas été dur, mais simplement révélateur. Dès qu’on a pu circuler, on est partis chez mes beaux-parents dans la région de Bordeaux. Et c’est là qu’on s’est dit “Allez, il faut sauter le pas ! ” Au début, on a voulu s’engager dans des démarches pour s’installer dès la rentrée 2020. Et puis, c’était trop rapide, trop bouleversant. Pour les garçons surtout. Alors, on a lâché du lest. Et on s’est donné une année pour réfléchir. Pendant ce temps-là, je suis entré en contact avec des collègues bordelais pour prendre la température, envisager concrètement les modalités de reprise d’un cabinet. Ma femme, Sophie, a pu constater que la situation lui permettait d’exercer son travail de journaliste à distance. Et les garçons, de peser le pour (la proximité de la mer et la possibilité de faire du surf plus souvent qu’en vacances chez leurs grands-parents) et le contre (les copains, bien sûr). On a pris le temps, et je crois que c’est le meilleur conseil que je peux donner à une famille. Y compris dans les mois qui suivent le déménagement. À la rentrée, nous nous étions organisés pour être très présents, l’un ou l’autre, pour les enfants. Depuis, on savoure. En se demandant pourquoi on ne l’a pas fait avant ! »

Repérer ces différentes sources de satisfaction et / ou de frustration est indispensable pour mettre en évidence ce qui compte pour nous, en d’autres termes nos valeurs, comme la liberté, la solidarité, la famille ou encore la paix. C’est à partir de ces valeurs que nous pourrons imaginer une nouvelle existence qui les nourrisse davantage. Et entamer des changements, petits ou grands. Car, si l’objectif est de redonner du sens à notre existence, de faire en sorte qu’elle réponde à nos besoins, les chemins pour y parvenir sont multiples. Mais, quel que soit celui que nous emprunterons, nous aurons besoin d’une phase de préparation.

Se préparer

« La capacité à s’adapter n’est pas donnée à tout le monde, estime Pascal Neveu. Il faut pour cela avoir acquis une bonne connaissance de soi, de ses potentiels, de ses limites. Tout changement doit être mûrement pensé, afin d’augmenter ses chances de réussite. Le but, les moyens, le délai de réalisation sont autant de paramètres à prendre en compte. » Si cette capacité n’est en effet pas « donnée », elle se travaille. Parlons d’abord de ce « potentiel ». Emploi, lieu de vie, relations… Une fois choisi (ou imposé) le domaine auquel nous souhaitons apporter du changement, en évitant de nous éparpiller dans tous les sens, il s’agira surtout de nous responsabiliser : comment pouvons-nous agir ? Mieux vaut ne pas attendre de l’autre et / ou des circonstances le changement escompté. Par exemple, si nous souhaitons voir notre couple sortir de la routine, interrogeons-nous sur ce que nous pouvons faire : proposer des activités ? Nous ouvrir davantage ?

Il s’agira aussi de prendre en compte nos « limites », ce que nous sommes capables de faire, et ce qui est de l’ordre de l’impossible. Ces limites sont personnelles, mais aussi fixées par notre entourage et notre environnement, dont nous devons tenir compte. Certes, il est bon de poursuivre nos rêves, mais il s’agira tout de même de vérifier qu’ils soient compatibles avec la réalité, donc adaptés à un certain nombre de contraintes, matérielles et affectives notamment. En avoir assez de notre travail n’implique pas de donner notre démission, et encore moins sans une économie en poche.

Doucement, mais sûrement

Quand nous pensons « nouvelle vie », nous envisageons souvent des décisions radicales, comme changer de maison ou de métier. C’est d’ailleurs ce que les Français répondent dans les sondages : pour une majorité d’entre eux, déménager les aiderait à améliorer leur vie (59 %) ; vient ensuite la reconversion professionnelle (46 %).

Pourtant, le changement, ce n’est pas forcément stopper net quelque chose. Ce peut être ajouter autre chose pour venir nourrir le vide ou le manque. Changer de mode ou de cadre de vie peut aussi passer par un allégement de notre emploi du temps, par exemple, ou des travaux d’embellissement dans notre appartement.
De petits riens peuvent tout changer et sont moins anxiogènes, donc plus faciles à opérer. À la façon du kaizen japonais, faire de petits pas semble donc le meilleur moyen d’arriver à nos fins.

Par exemple, si la solidarité a beaucoup de valeur pour nous, plutôt que d’imaginer tout plaquer pour partir en mission humanitaire à l’étranger, pourquoi ne pas nous engager dans une association près de chez nous ? Ou nous rapprocher de nos voisins âgés ? Cette technique marche dans tous les domaines, y compris personnels. Si nous avons décidé de reprendre le sport, au lieu de nous contraindre à fréquenter assidûment le club de gym, pourquoi ne pas commencer par une activité qui nous fasse vraiment plaisir ? Une partie de foot entre amis ? Une randonnée en famille ?

Le changement vient aussi et peut-être même surtout de l’intérieur. Et c’est parfois soi-même qu’il convient de faire évoluer. Que pouvons-nous faire pour nous sentir mieux, plus vivants ? Sortir de notre isolement en osant faire de nouvelles rencontres ? Prendre en charge notre stress grâce au yoga ou à la sophrologie ? Comprendre d’où vient notre pessimisme en nous engageant dans une thérapie ? Viendra ensuite l’heure d’un nouveau bilan. Est-ce que le changement effectué a porté ses fruits ? Devons-nous procéder à de nouvelles adaptations ? Il sera toujours temps de relire cet article.

Le kaizen, la méthode douce, mais efficace

Ce terme japonais est la fusion de deux mots kai (changement) et zen (bon). Dans la langue de Molière, on parle du concept « d’amélioration continue ». Cette méthode repose sur de petites progressions qui, au bout du compte, permettent d’atteindre ses plus grands objectifs. Très développé dans le monde l’entreprise, ce processus s’appuie sur l’implication, la réflexion et la force de propositions des employés : chacun apporte sa mini pierre à l’édifice. Le kaizen est une façon de penser le changement, valable également en vue d’une réussite personnelle. C’est l’idée de monter les marches d’un escalier petit à petit, une marche par jour, sans vouloir le franchir d’une traite.

Aurore AIMELET

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