groupe de personnes avec smartphones
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Réseaux sociaux une révolution du lien social ?

Les réseaux sociaux vont-ils faire disparaître l’échange authentique, la parole vraie, la tendresse, l’amitié, la bienveillance ? Nous sommes nombreux à le craindre. Fléau ou cadeau ? Que disent les études ?

La peur de l’inconnu

Si certains s’interrogent encore sur les effets positifs ou négatifs des réseaux sociaux, c’est aussi parce que nous nous méfions de tout de ce qui est… nouveau. L’invention du téléphone a suscité les mêmes soupçons avant que les sociologues en viennent à ce constat : plus on se voit, plus on s’appelle. Parce que les nouvelles technologies représentent l’inconnu, qu’on ne maîtrise pas tout à fait et qui bouscule nos repères, on a tendance à les craindre et à projeter nos angoisses. Et quoi de plus simple que de douter de leurs bienfaits sur un registre moral, en opposant la vraie vie et les faux amis ? Ne serait-il pas plus juste de sortir de nos croyances ?

Facebook, YouTube, WhatsApp, Messenger, Twitter, Instagram, TikTok, Tinder, LinkedIn… Ces nouvelles applications ont envahi nos vies et changé notre façon de communiquer avec les autres. Difficile de se passer de ces outils qui servent autant à travailler qu’à partager une information, un point de vue ou un bon plan. Puisque apparemment la Toile tisse des liens, sont-ils mieux ou moins bien ?

Enrichir nos « liens forts »

Notre première crainte est de voir peu à peu remplacées nos « vraies » relations par leurs ersatz virtuels. Pourtant, rien de tel ne se produit dans la réalité. D’abord, nous ne sommes pas si dupes et savons bien faire la différence entre nos contacts et nos proches, sur la Toile comme dans l’IRL (In Real Life). Prenons le cas du leader Facebook. Selon une étude de 2016, menée par Jeffrey A. Hall, professeur de psychologie à l’Université du Kansas, « la crainte que nous utilisions Facebook pour remplacer l’interaction sociale est infondée […] L’essentiel de ce que nous considérons être une interaction sociale est le face-à-face ».

Nulle méprise, donc. Et aucun risque de substitution ! Au contraire, parce qu’ils sont un nouveau moyen de communiquer, les réseaux sociaux semblent renforcer ce que les sociologues appellent nos « liens forts », c’est-à-dire les relations que nous entretenons avec ceux qui comptent déjà pour nous au quotidien : famille, amis, proches collègues ou voisins… Nous utilisons simplement davantage de canaux pour rester en contact : le traditionnel face-à-face, mais aussi le téléphone, les SMS, les courriels, les messageries, les comptes, etc. Nos liens sont moins différents que « multiplexes ».

Dès lors, nos amitiés ne changent guère, avec ou sans connexion. D’après une enquête menée en 2013 par le Groupement d’intérêt scientifique Marsouin, « Facebook ne révolutionne pas les pratiques sociales les plus usuelles, puisque 81 % des interrogés déclarent ne pas voir plus souvent leurs amis ». Si l’application « ne débouche que rarement sur la création de liens forts (78 % des déclarants affirment n’avoir pas plus d’amis depuis qu’ils utilisent le réseau social en ligne) », l’étude conclut que le seul effet de ce géant sur la sociabilité « est son utilité pour reprendre contact avec certaines personnes (pour 63 % des répondants) ».

Agrandir le cercle

Les réseaux sociaux pourraient-ils alors créer des « liens faibles », nous rapprocher d’amis d’amis ou d’antan, de personnes croisées en vacances ou au club de sport, de contacts professionnels, de ceux que l’on appelait jusqu’ici des « connaissances » ? Les sociologues Dominique Cardon et Zbigniew Smoreda répondent oui dans la revue Réseaux : « L’émergence des réseaux numériques semble s’opposer au déclin du lien social parce que justement elle a créé, inventé de nouveaux lieux de sociabilité sur le Web […]. La plupart du temps, les occasions d’entrer en contact avec les liens faibles sont relativement rares et les moyens de communication pour le faire peu nombreux. » Facebook et consorts permettent donc de faire de nouvelles connaissances, à défaut d’amis.

Et les avantages de ces supports numériques ne s’arrêtent pas là. Parce que l’anonymat et la distance protègent toujours un peu, ils participent aussi à la libération de la parole. Les jeunes, par exemple, peuvent être plus à l’aise derrière un écran quand ils cherchent l’âme sœur sur Tinder. Sur Fil Santé Jeunes, un espace d’écoute et d’information, ils osent poser des questions sur leur santé physique, mentale ou sociale. Un échange sans doute plus facile qu’en face-à-face avec un « crush » ou le médecin de famille.

Certes, l’apparition du numérique dans nos vies suscite encore bien des peurs, et, parmi elles, le risque d’isolement. Cependant, ces réseaux aident parfois à se sentir moins seul. Les forums, par exemple, ou les comptes dédiés aux maladies chroniques ou à une pathologie rare, se sont beaucoup développés et permettent aux patients comme à leur famille d’échanger des informations ou des conseils, de se soutenir dans les moments difficiles ou de se fédérer pour faire valoir leurs droits. Autre exemple, le rôle de Facebook ou de Twitter dans les révolutions du « printemps arabe » a été essentiel. Ces canaux de communication indépendants permettaient de se rassembler, quand les autres médias semblaient muselés par le pouvoir. Plus près de nous, le digital nous sensibilise, nous mobilise sur tel ou tel sujet : nous sommes invités à signer des pétitions pour des causes que nous croyons justes, ou à nous engager grâce au financement participatif. Quant aux réseaux d’entraide entre voisins, ils ont explosé pendant le confinement. Qu’au-rions-nous fait sans WhatsApp pour nous « voir » ? Même les enfants pouvaient rester en lien sur House-Party.

Retrouver l’équilibre

Alors, que faire ? Faut-il éteindre nos portables, nous désabonner, clôturer nos comptes ? Non, ce serait, certes, nous préserver des écueils de la vie numérique, mais aussi nous passer de ses opportunités. Et puis, serait-ce bien envisageable à l’heure où tout est « distanciel » ? En revanche, il nous faut sans doute apprendre à consommer avec modération. L’idée est de garder la main sur ces appareils plutôt qu’ils envahissent notre quotidien, et, par ricochet, nos relations.

Quatre clés semblent alors opportunes. La première est de jeter un œil à notre temps de présence sur les réseaux sociaux : il nous faut conserver un équilibre, donc du temps pour les autres domaines de la vie, l’amitié, le sport, les sorties, les loisirs… Désactiver les notifications peut être un premier pas. La deuxième est de faire le tri en fonction de la qualité des contenus que nous suivons : il y a des activités qui nous enrichissent (un groupe de discussion sur un sujet qui nous anime) et d’autres qui nous isolent un peu sans nous apporter grand-chose (les fils d’actualités sans cesse rafraîchis). Privilégions ce qui favorise notre bien-être numérique. Ensuite, sans doute faut-il choisir les bons moments.

Lorsqu’ils nous permettent d’apprendre, de travailler, de décompresser, de nous divertir, de communiquer, pourquoi pas ? En revanche, quand ils sont un frein à la concentration, à l’intimité ou à la créativité, mieux vaut nous en passer. Et enfin, quatrième et dernière clé : l’extinction des feux. Apprenons à nous éloigner régulièrement de ces écrans qui nous donnent l’impression d’être accros. En rentrant à la maison, au moins une heure avant de nous coucher, au lever, ou quelques heures par jour, débranchons. Et soyons plus attentifs à ce qui se passe autour de nous. À ceux qui passent tout près de nous.

Aurore AIMELET

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